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Analyse et réflexions à partir d’un ouvrage : Nos pères, nos frères, nos amis - Dans la tête des hommes violents (Mathieu Palain) #2



Couverture livre

Mathieu Palain, journaliste, a collecté des données, des histoires de vie, des témoignages de soignants, de victimes, d’auteurs.

Les pistes explorées sont nombreuses. J’ai eu envie, après la lecture de ce livre, de regrouper quelques débuts de réponses à certaines questions que l’auteur a posées, et d’essayer de les compléter par ma propre et modeste réflexion, voire de les prolonger par d’autres interrogations. D’où cette série d’articles.

 

La source de la violence – selon les psychologues


Mathieu Palain ne manque pas de donner la parole, dans son enquête, aux thérapeutes et autres professionnels qui travaillent auprès des auteurs de violences. Ce sont eux qui évoquent le lien défectueux, les troubles de l'attachement, ou encore les violences intrafamiliales subies durant l'enfance comme éléments générateurs de violences.


Une pathologie du lien


Hors du couple, certains hommes sont adaptés à la vie sociale et ne rencontrent pas de problèmes de violences. Mathieu Palain cite dans son ouvrage l’exemple de Kader, ainsi commenté par la conseillère pénitentiaire de ce dernier : « on a en tête le cliché de l’homme autoritaire et de la femme soumise, parfois on se rend compte que c’est plus complexe ; des hommes plutôt inhibés, qui peinent à s’exprimer, font face à des femmes qui peuvent aussi être très insistantes, et tout cela génère de la violence. C’est vraiment sur la relation qu’il faut travailler, en évitant d’être manichéen, de désigner un gentil et un méchant. Il y a un coupable au nom de la loi, oui, mais ce qui génère la violence, souvent, c’est la pathologie du lien. » Pour cette même raison, certains hommes violents ne le seront pas vis-à-vis de toutes les femmes. Raison de plus pour essayer d’aller comprendre où se produit cette « activation ».


Un trouble de l’attachement


Si l’on rapproche le lien au sein du couple du premier lien que chacun connaît dans sa vie, celui de l’enfant à ses parents, il est alors intéressant de se pencher sur la question de l’attachement.

C’est en particulier le psychiatre et psychanalyste John Bowlby qui à partir de travaux de ses confrères et d’études cliniques a travaillé sur cette thématique, faisant notamment apparaître différents types d’attachement pouvant être corrélés à différents types de personnalités[1].

Mélanie Gosselin, Marie-France Lafontaine et Claude Bélanger, chercheuses et chercheur universitaires canadiens en psychologie, ont travaillé sur la question du rapport entre attachement et violence conjugale, et ont produit un article édifiant à ce sujet, intitulé : « L'impact de l'attachement sur la violence conjugale : état de la question »[2]. Revue de littérature critique des études menées en la matière, ce document s’achève ainsi : « Pour terminer, il peut apparaître inconcevable qu’un amoureux puisse aimer son partenaire, alors qu’il peut aussi l’insulter ou même le frapper. Ce paradoxe peut, toutefois, être mieux compris lorsqu’il est analysé à la lumière de la théorie de l’attachement. »

Cette position fera, à n’en pas douter, bondir de nombreuses personnes. Je suis quant à moi convaincue que la psyché humaine, ô combien complexe, se caractérise justement par des paradoxes de ce type.


Des violences transfamiliales


Si l’on admet qu’un trouble de l’attachement de l’enfant envers ses parents peut déboucher sur des violences de cet enfant devenu adulte envers sa compagne ou son compagnon, comment ne pas évoquer les violences subies par les enfants de la part de leurs parents, et leurs conséquences en termes de violences conjugales ? « Le virus de la violence se développe chez l’enfant parce qu’on l’a conditionné à tolérer la violence », avance ainsi une psychologue animatrice de groupes de parole pour hommes violents dans l’ouvrage de Mathieu Palain.

La pédiatre et épidémiologiste Anne Tursz, dans son article « Les conséquences de la maltraitance dans l'enfance sur la santé physique et mentale à l'âge adulte : approche épidémiologique de santé publique »[3], affirme qu’« Une revue de diverses études portant sur ces conséquences [dans la sphère des troubles psychologiques et de l’adaptation sociale] en cas de maltraitance physique dans l’enfance (Malinosky-Rummel et Hansen, 1993) a identifié sept types de problèmes », au premier rang desquels « les comportements agressifs et violents ».

 

Les sources de la violence sont multiples, c’est une évidence. J’aborderai dans un prochain article la façon dont, dans cet ouvrage Nos pères, nos frères, nos amis[4], Mathieu Palain donne la parole également aux acteurs de terrain, et comment ceux-ci analysent la violence à laquelle ils sont confrontés au quotidien.


[1] BOWLBY John, Attachement et perte, 1969, réédité en 2002, PUF éditions.

[2]  GOSSELIN Mélanie, LAFONTAINE Marie-France, BÉLANGER Claude, « L'impact de l'attachement sur la violence conjugale : état de la question », Bulletin de psychologie, 2005/5 (Numéro 479), p. 579-588. DOI : 10.3917/bupsy.479.0579. URL : https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2005-5-page-579.htm.

[3]  TURSZ Anne, « Les conséquences de la maltraitance dans l'enfance sur la santé physique et mentale à l'âge adulte : approche épidémiologique de santé publique », Revue française des affaires sociales, p. 32-50. DOI : 10.3917/rfas.125.0032. URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-des-affaires-sociales-2013-1-page-32.htm

[4] PALAIN, Mathieu. Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents. 2023. Les Arènes. 234 p.


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